Indemnisation trop basse : comment faire payer plus votre assureur
- Avocat-Assurances.com
- 20 nov.
- 5 min de lecture
Recevoir une proposition d'indemnisation dérisoire après un sinistre est une double peine qui frappe l'assuré déjà fragilisé. Ce chiffrage initial n'est pourtant pas une fatalité mais une base de négociation commerciale qu'il convient de déconstruire méthodiquement. De la contre-expertise technique à l'argumentation juridique, analyse des leviers pour rétablir l'équilibre et obtenir la réparation intégrale de vos préjudices.

Qu'est-ce qu'une proposition d'indemnisation abusive?
💡 Une offre d'indemnisation abusive est une proposition financière de votre assureur trop basse, qui ne permet pas de remettre les choses en l'état où elles étaient avant l'accident ou le sinistre.
Imaginez que votre assureur vous propose de quoi acheter une trottinette pour remplacer votre vélo de course détruit; l'image est grossière mais le principe est là. Juridiquement, cela se traduit souvent par une sous-évaluation manifeste des dommages matériels ou corporels, basée sur des barèmes internes à la compagnie qui n'ont aucune valeur légale face au principe de réparation intégrale.
Ce n'est pas forcément une erreur de calcul, c'est souvent une stratégie de gestion des coûts. L'assureur parie sur le fait que vous, pressé de tourner la page et méconnaissant vos droits, accepterez ce montant « pour en finir ». C'est une proposition unilatérale qui ignore souvent les frais annexes, la perte de jouissance ou la réalité du marché du bâtiment ou de l'automobile. Comprendre que ce premier chiffre n'est qu'une ouverture de partie d'échecs et non le verdict final est la première étape indispensable pour ne pas se faire léser.
Le rôle pivot de l'expertise contradictoire pour rééquilibrer le débat technique
Le refus d'une offre basse commence impérativement par une bataille de chiffres et de technique.
L'offre de l'assureur repose quasi systématiquement sur le rapport de son propre expert. Ce dernier, bien que soumis à une déontologie, reste mandaté et payé par la compagnie, ce qui crée un biais cognitif et économique inévitable.
Pour contester ce rapport, il ne suffit pas de dire « ce n'est pas assez », il faut prouver techniquement pourquoi. C'est ici qu'intervient l'expert d'assuré. Ce professionnel indépendant va réaliser une contre-expertise.
Il va reprendre chaque poste de préjudice, vérifier les métrés, contester les taux de vétusté appliqués abusivement. La vétusté, ce coefficient de dépréciation lié à l'ancienneté de l'objet ou du matériau, est souvent le levier utilisé par les assureurs pour réduire la facture. L'expert d'assuré va opposer ses propres calculs lors d'une réunion d'expertise amiable contradictoire. Cette phase est cruciale car elle se situe avant tout procès.
L'analyse juridique du contrat et la contestation des exclusions ou plafonds
Si le désaccord persiste malgré la contre-expertise, le litige glisse du terrain technique vers le terrain juridique. C'est souvent à ce moment que l'assureur sort ses arguments contractuels : application de plafonds de garantie, franchises élevées ou exclusions spécifiques.
C'est là que l'avocat expert en droit des assurances entre en scène pour auditer le contrat. Il va vérifier si les clauses opposées par l'assureur sont valables. Par exemple, une clause limitant l'indemnisation en cas de « négligence » sans définir précisément ce terme peut être réputée non écrite par les tribunaux.
L'avocat va également s'assurer que tous les postes de préjudice sont pris en compte. Les assureurs « oublient » fréquemment les dommages immatériels comme la perte d'usage (le fait de ne pas pouvoir habiter sa maison ou utiliser sa voiture pendant les travaux) ou le préjudice moral.
L'avocat rédige alors une mise en demeure circonstanciée, un courrier juridique formel qui somme l'assureur de revoir sa position sous peine de poursuites. Cette pression juridique, couplée à l'expertise technique précédente, suffit souvent à débloquer des dossiers enlisés. La force de notre réseau réside dans cette capacité à activer, après l'expert technique, l'avocat compétent dans votre juridiction pour porter cette estocade juridique.
La phase judiciaire comme ultime recours pour la réparation intégrale
Lorsque la mauvaise foi de l'assureur est manifeste et que la phase amiable échoue, la saisine du tribunal devient nécessaire.
L'objectif est de demander au juge de désigner un expert judiciaire. Contrairement aux experts précédents, celui-ci ne travaille pour personne d'autre que la justice. Son avis s'imposera à tous. L'avocat pilotera cette procédure, souvent en référé (une procédure d'urgence), pour obtenir cette nomination rapidement. Une fois le rapport judiciaire rendu, qui confirme généralement une sous-évaluation initiale de l'assureur, le tribunal condamnera la compagnie à verser le juste montant, souvent majoré des frais de procédure et parfois de dommages-intérêts pour résistance abusive.
Il faut savoir que les juges sont assez protecteurs des assurés face aux grandes compagnies et n'hésitent pas à sanctionner les propositions d'indemnisation manifestement dérisoires qui s'apparentent à une tentative de dol.
C'est une procédure qui demande de la patience, mais qui est souvent le seul moyen d'obtenir les dizaines de milliers d'euros qui manquent à l'appel pour reconstruire sa vie.
Il y a quelque chose de particulièrement cynique dans la mécanique du « chèque immédiat » que certains assureurs agitent sous le nez des sinistrés encore sous le choc. On vous tend un montant forfaitaire, souvent ridicule, en vous disant « signez là et vous avez l'argent sous 48 heures », profitant de votre détresse psychologique et de votre besoin urgent de liquidités. C'est une forme d'abus de faiblesse institutionnalisé qui ne dit pas son nom, une manière de solder un dossier complexe pour le prix d'un téléviseur. Accepter cette aumône revient souvent à renoncer à ses droits réels, et il faut une sacrée dose de sang-froid pour refuser l'argent tout de suite afin d'obtenir la justice plus tard.
Puis-je encaisser l'acompte proposé par l'assurance tout en contestant le montant total?
Oui, c'est tout à fait possible et même recommandé pour faire face aux premières dépenses. Toutefois, il faut être extrêmement vigilant sur le document que vous signez. Vous devez préciser par écrit (sur la quittance ou par courrier recommandé accompagnant) que vous acceptez cette somme « à titre de provision » ou « à valoir sur l'indemnisation définitive » et surtout pas « pour solde de tout compte ». Si vous signez une quittance définitive sans réserves, tout recours ultérieur sera bloqué.
Combien coûte un expert d'assuré pour contester l'offre?
Les honoraires d'un expert d'assuré sont généralement un pourcentage du gain obtenu ou de l'indemnité finale (souvent entre 5% et 10%), ou parfois un forfait. La bonne nouvelle est que certains contrats d'assurance multirisques habitation incluent une clause « honoraires d'expert » qui prend en charge ces frais. Il faut relire votre contrat ou demander à l'expert de vérifier ce point avant de l'engager.
Quel est le délai pour contester une offre d'indemnisation?
En matière d'assurance, le délai de prescription est de deux ans à compter de l'événement qui donne naissance au litige (le sinistre ou le refus d'indemnisation). Attention, ce délai peut passer très vite. Il est impératif d'interrompre cette prescription par une action en justice ou un courrier recommandé avec accusé de réception spécifique (la simple lettre de réclamation ne suffit pas toujours à interrompre le délai selon la jurisprudence, l'acte d'avocat ou la désignation d'expert est plus sûr).


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